[Les Echos Start – Par Hélène Bielak – 26/05/2016]

 

reversementoring2« Cela peut être un accélérateur de carrière formidable »
Jean-Baptiste Gouin, directeur de la société Talenco

Le reverse mentoring essaime un peu partout, dans et en dehors des grandes entreprises. Mesure gadget ou vrai plus-value ? Mais au fait, comment ça marche ?

Et si le numérique rapprochait les générations, plutôt que de les séparer ? Voilà en gros la philosophie du reverse mentoring, apparu aux États-Unis dans les années 90 notamment chez General Electric qui a popularisé la pratique.
Les digital natives deviennent les mentors et les cadres dirigeants les mentorés. L’objectif est que les premiers forment les seconds aux outils du numérique. Un concept très en vogue depuis quelques années dans le monde des grandes entreprises en France. Axa, Orange, la SNCF, Sanofi ou encore Danone s’y sont mis.

“Au début, on n’ose pas trop les reprendre”.

Chez Accenture, Arnaud Babin, 27 ans, s’est retrouvé à former une vingtaine de cadres dirigeants sur les réseaux sociaux, notamment LinkedIn, Twitter et Facebook, depuis début 2015. “Au début, on n’ose pas trop les reprendre, Puis, on se rend vite compte qu’ils ont besoin qu’on leur dise ce qui ne va pas pour avancer. Car l’objectif c’est de gagner en autonomie”, témoigne le jeune social media manager.
Les séances se font sous la forme de rendez-vous individuels de 30 min à 1h et ont lieu une à deux fois par mois. “Quand je forme une personne, il faut que je sois au courant de ce qu’elle fait et de ses problématiques. C’est hyper intéressant, j’apprends tout le temps !”, explique Arnaud, qui a eu ainsi “la chance de tisser des liens avec des cadres dirigeants. Ça m’a permis de grandir, de gagner en confiance”.

Accélérateur de carrière

Jean-Baptiste Gouin, directeur de la société Talenco, une société de formation qui intervient au sein de grands groupes, confirme : “c’est sûr qu’à 25 ans, si l’on déjeune avec un membre du Comex, on est fortement identifié dans l’entreprise. Cela peut être un accélérateur de carrière formidable”.

Un binôme toujours gagnant ?

A condition que le jeune mentor soit bien accompagné pour l’aider à transmettre son savoir. Et pourquoi pas imaginer “des communautés de mentors qui partagent des outils digitaux. Certains sont plus doués sur les réseaux sociaux, d’autres sur le big data. Il faut faire en sorte que chaque mentor puisse s’appuyer sur l’expertise des autres”, suggère Patrick Benoît, conseiller auprès des startups et auteur d’une chronique sur le sujet.
Autre facteur de réussite : l’attitude du mentoré. “Si les cadres dirigeants voient le digital seulement comme un outil de communication, et pas comme la capacité à repenser leur business model ou à optimiser leur fonctionnement, la transformation de l’entreprise aura du mal à se mettre en place”, prédit Nicolas Mariotte, directeur de CapGemini Consulting.

Transformation de la culture managériale

La même société de conseil a d’ailleurs publié une étude en 2014, qui révélait que seulement 20% des top managers français perçoivent les outils digitaux comme “très positifs” pour la performance de leur entreprise, contre 40% en Espagne, 55% en Allemagne ou 70% au Brésil.
Dans un contexte français “marqué par les structures hiérarchiques”, pas étonnant que le reverse mentoring puisse aussi être perçu comme un défi voire un risque par le manager. “On ne peut pas lancer le reverse mentoring dans une entreprise sans remettre en cause la culture managériale. Au delà de l’effet de mode, c’est une manière d’ouvrir la boite de pandore. C’est le premier acte de transformation en profondeur de la culture managériale”, conclut Patrick Benoît

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